Accepter.

Accepter.

par Isabelle Pariente-Butterlin

Ce qu’il faut de souplesse et de mouvement en soi et de compréhension de ce qu’est la vie, pour accepter. Accepter d’être. Vivre n’est rien d’autre qu’accepter d’être, être, c’est-à-dire: être limité.

Si Dieu est l’être tel que rien de plus grand ne se peut concevoir, et si, le concevant, je ne peux pas le concevoir comme n’existant pas, je dois accepter d’être limité, incertain, et contingent. Et de cette acceptation première, essentielle —tout ce que je suis est inessentiel— il découle toute notre capacité d’être.

Je suis un être qui pourrait n’être pas. Et d’une vibration électrique de mon cœur ou de mon cerveau je pourrais n’être pas. Cesser d’être. Il se pourrait que je cesse d’être, sans que j’y sois pour rien, sans qu’aucun mouvement ne vienne de moi, sans que je me débatte.

Je suis si inessentiel que rien suffira à m’effacer.

Accepter. Est la seule force que mon être inessentiel puisse manifester, s’il se peut qu’il en manifeste une.

Accepter. D’être et de pouvoir ne pas être.

Accepter. D’être si inessentiel que notre disparition ne causera pas une onde, simplement une onde, un froissement dans les feuilles des arbres, notre disparition de la surface du monde —nous sommes si inessentiels— ne ridera pas la surface des eaux et ne provoquera rien d’autre qu’elle-même. Nous sommes, de nous-mêmes la cause de notre disparition.

Nous sommes de nous-mêmes la limite de ce que nous sommes. Et cela nous renvoie dans les replis et les froissements de l’être. Et à toute la difficulté qui est la nôtre à être en n’étant presque pas. Presque rien. Je ne suis presque rien.

Et il faut s’en tenir de toutes ses forces, au-dessus de l’abîme, à ce presque qui n’est presque rien. Qui nous tient au-dessus de l’abîme. Nous n’avons que cela: (n’)être (presque pas) dans l’espace infime de temps qui nous est donné et que nous ne connaissons pas.

L’être que nous sommes se déchire comme un pétale trop fragile qui ne supporte pas la pluie. Voilà cela seulement que nous sommes: un pétale fragile que le vent déchiquète.

Accepter. De n’être que cela. Que nous sommes. Qui se déchire et se détruit et cessera bientôt d’être.

Cela seul, qui dans le regard que dans sa bienveillance un autre pose sur nous, nous ne sommes plus.

Convivio

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